La page décès du journal

Publié le par lauriane-ide

Aussi appelé "Carnet du Jour", cette partie du journal est peut-être une des plus lues dans le milieu soignant. Non pas que les soignants ne portent pas un oeil sur l'actualité dans le monde, en France ou également dans la région. Non, ce n'est pas ça le problème. Notre problème en tant que soignant, c'est de voir passer beaucoup de gens, qui vont parfois plutôt bien (heureusement que nos patients ne sont pas tous à l'article de la mort) ou parfois plutôt mal. Une chose est sûre, c'est que les gens ne font que "passer entre nos mains" mais restent parfois plus longtemps dans nos têtes. Certains patients nous touchent plus que d'autres, certains nous marquent pour des raisons très variées.

http://www.journallephare.org/upload/photo/deces.jpg

C'est peut-être parce que nous sommes parfois frustrés de ne pas savoir ce que nos patients sont devenus que nous lisons beaucoup cette page funeste. Finalement, et même si cela peut paraître macabre, c'est notre méthode pour avoir des nouvelles de nos patients. Et je pense que beaucoup de mes collègues seront d'accord avec moi.

C'est pour cela que tant que je n'ai pas lu la page "Carnet du Jour" d'un journal, je ne le jette pas. Et vendredi soir, nous sommes allés au cinéma (avec mon doudou), nous avons récupéré Le Courrier de l'Ouest (mon journal préféré) distribué gratuitement dans ce cinéma (comme cela était le cas dans mon école). Et ce matin, j'ai enfin pu lire cette fameuse page. Là, j'ai été très triste. Et oui, les soignants ne sont pas sans coeur, ni habitués à la mort.

Un des patients que j'ai soigné pendant les 4 semaines du stage où j'ai passé mon diplôme est décédé jeudi. C'était un patient de 75 ans, avec qui j'ai beaucoup parlé, beaucoup ri, beaucoup soigné. Il était plutôt en forme au début de mon stage puis s'était très vite dégradé, si bien qu'on avait cru à une fin de vie. Finalement, grâce à un médicament parfois à la limite du miracle, il avait récupéré. Quand je suis partie de mon stage, il allait beaucoup mieux même si on imaginait bien qu'il y avait une cause très agressive à cet état de santé, sûrement une maladie du sang.

J'avais vraiment créé une relation très particulière avec ce patient qui m'a beaucoup rassuré à l'arrivée de l'épreuve de mon diplôme. Il avait une fille infirmière alors connaissait bien le milieu et m'a fait des compliments qui m'ont permis d'avoir davantage confiance en moi. Il m'avait même invitée chez lui pour lui communiquer les résultats du diplôme. Et le dernier jour de mon stage, il m'avait offert un brin de muguet, ma fleur préférée, que sa femme avait ramené de chez lui.

Alors aujourd'hui, j'ai eu de ses nouvelles, aussi mauvaises soient-elles, et je suis triste que ce monsieur ait succombé à un cancer, une maladie du sang très agressive (je le sais grâce au petit mot dans l'annonce demandant des dons pour la ligue contre le cancer). Et même si j'ai accompagné un certain nombre de patients vers la fin de la vie, même si ce n'est pas le premier nom d'un patient connu que je vois sur cette page, je n'ai pas pu m'empêcher de verser une larme...

Publié dans Anecdotes

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Bulinette 17/05/2011 10:27


C'est ça aussi qui fait la difficulté des métiers de la santé. Bon courage à toi.
(J'en profite pour dire que pendant les 3 prochains jours je ne pourrai pas poster de commentaires, je pars passer mon concours de médecine. A bientot!)


Michel ROBERT 16/05/2011 17:39


Il continue à vivre dans tes pensées et c'est là l'essentiel. Je pense que c'est comme ça qu'on perpétue la vie en pensant aux disparus, en parlant d'eux, en citant leurs bons mots,en essayant de
copier ce qu'ils avaient de meilleur.


lauriane-ide 18/05/2011 16:25



Complètement d'accord... Rien à rajouter. J'ai corrigé le diabète. Bisous ;-)