Ca nous touche aussi...

Publié le par lauriane-ide

En ce moment, aux urgences, il y a beaucoup de monde malgré les vacances d'été qui sont sensées être un moment de répit pour ce service. Beaucoup de médecins sont en vacances, beaucoup de personnes agées et ou dépendantes sont un peu laissées par leur famille car celles-ci ont besoin de souffler également. Et les services d'aval ont fermé un certain nombre de lits pour que le personnel de l'hôpital puisse prendre des vacances d'où un passage aux urgences relativement long (le temps qu'on trouve des places pour nos patients).

Dans ces circonstances d'affluence et de stagnation, il est arrivé ces derniers jours des accidents bien tristes dont un qui m'a beaucoup touché (et pas que moi d'ailleurs).

Pour ceux qui ne connaissent pas vraiment l'organisation des urgences, je tiens à rappeler un détail qui a son importance. Il existe un service bien particulier qui s'appelle le déchocage qui dans certains hôpitaux est géré par le personnel des urgences mais qui, dans notre hôpital, est géré par le personnel de salle de réveil du bloc opératoire des urgences. Même si nous ne gérons pas ces urgences vitales extrêmes, nous en avons souvent connaissance car nous partageons nos locaux. Aux urgences, nous avons parfois des "cas" très chauds, des patients "instables", des pathologies graves mais parfois, cela dépasse nos connaissances et nos capacités (et celles aussi parfois de nos médecins). Pour vous donner un exemple, nous avons parfois des accidentés de la route mais quand, sur place, les premiers secours déterminent qu'il y a beaucoup de fractures ou des atteintes d'organes internes importantes, ces patients vont directement au déchocage. C'est un service que l'on pourrait qualifier d'urgences où davantage de "techniques" sont à disposition comme par exemple l'intubation que nous en pratiquons que très peu aux urgences.

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En début de semaine, un cas nous a donc touché, moi et mes collègues. Une jeune femme est arrivée au déchocage suite à une chute dans un château de la région. Elle était assise sur un rondin de bois dominant une pente, le rondin de bois a laché et elle a chuté jusqu'en bas sur le béton. Elle a été transportée dans les meilleures conditions jusqu'à notre hôpital mais malheureusement, elle n'a pu être sauvé. Le lendemain soir, ses organes étaient prélevés pour en faire profiter plusieurs personnes en instance de mort. Cette jeune femme avait encore beaucoup de choses à vivre, ce qui lui est arrivé est fortement injuste. La personne qui était avec elle sur ce rondin a survécu et heureusement pour lui mais cet accident nous laisse avec un sentiment de tristesse pour les proches et un sentiment d'impuissance pour les soignants. Cette vie ôtée a permis de sauver beaucoup d'autres personnes et tant mieux mais cette jeune femme est décédée pour quelque chose de tellement ridicule. On ne peut pas prévenir tous ces accidents car on doit continuer de vivre sans se dire qu'on risque sa vie à chaque seconde mais parfois la vie ne tient qu'à un fil et quand ce fil se déchire, on ne peut s'empêcher de se dire que le destin est parfois insupportable.

Alors, quand, à la fin de notre nuit, nous avons vu plusieurs professionnels de la santé partir avec de grandes glacières remplies de bouts de vie qui redonneront le sourire à certaines familles, nous n'avons pas pu nous empêcher, d'avoir mal au coeur pour cette vie brisée.

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