Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 13:55

Il y a autant de motifs d'admission aux urgences qu'il y a de patients qui se présentent. Chaque personne a sa manière propre d'expliquer à l'infirmière d'accueil ce qui lui arrive. Quant à l'infirmière d'accueil et d'orientation, elle est indispensable pour "traduire" l'aventure, la souffrance du patient en symptômes et en détails qui seront importants aux médecins pour le diagnostic et aux soignants pour leur apporter les soins les plus adaptés.

Depuis maintenant 8 mois que je suis aux urgences, j'ai eu le temps de lire et d'analyser les motifs d'admission aux urgences. Il y a les courants, les habituels. Il y a aussi ceux qu'on trouve inadaptés par leur bêtise (bêtise qui n'est pas forcément qu'à la charge du patient qui se présente mais aussi et surtout à la charge de la société), ou leur tristesse. Je vais essayer de vous faire une petite compilation. Encore une fois, il s'agit là de ma vision des choses et je ne pourrais être à 100% objective !

Il y a ceux qui viennent parce qu'ils ont du mal à respirer ou parce qu'ils ont des douleurs thoraciques. Ceux-ci arrivent dans un état plus ou moins alarmants et nécessitent des prises en charge plus ou moins intensives. La première fois que j'ai pris en charge un monsieur venant pour un infarctus, ça m'a beaucoup marqué je l'avoue. Quant aux détresses respiratoires, elles sont généralement très oppressantes et angoissantes pour les patients, ce qui demande beaucoup de relationnel entre les soignants et les patients pour essayer d'améliorer la situation. ces deux motifs de consultations sont certainement les plus courants (ou ceux qui me semblent l'être).

Un autre motif : déficit neurologique. Derrière ce motif barbare peut se cacher un tas de symptômes : fourmillements, paralysie d'un membre, sensation d'engourdissement, paralysie du visage, difficulté à s'exprimer (à articuler par exemple). Tous ces motifs de consultation peuvent cacher un tas de choses dont le terrible AVC. L'élément essentiel de ce motif est de déterminer depuis quand ces symptômes ont commencé car cette durée va engendrer des différences de traitement.

Ces trois motifs sont certainement ceux que j'ai le plus rencontrés depuis le début de ma jeune carrière aux urgences. Et puis il y a tous les autres. Certains me font bondir, d'autres m'attristent ou me font rire (même si derrière un motif qui semble comique, il y a peut-être un mal-être que je ne dénigre pas). Florilège !

- J'ai trop bu la veille, j'ai 3, 4 ou même 5 ou 6 grammes d'alcool dans le sang et donc je prends un lit aux urgences pour cuver. J'ai parfois une vingtaine d'années de dépendance derrière moi. Parfois, j'ai 16 ans et j'étais tellement déchiré hier soir que mes copains ont pris peur et ont appelé les pompiers...

- Je suis vieux (ou vieille), j'habite encore à domicile avec mon conjoint mais une terrible démence oblige mon conjoint à veiller sur moi quasiment 24h/24 et il est actuellement épuisé. C'est ce qu'on appelle le problème de maintien à domicile. Cela débouchera peut-être sur une prise en charge à domicile avec davantage d'aides ou un placement en maison de retraite. Et là, les assistantes sociales font souvent un travail indispensable. Toutefois, pourquoi attendre l'épuisement pour mettre en place ces aides ?

- On est dimanche, j'ai fait du sport et vu que je suis un "sportif du dimanche", je me suis blessé à la cheville, au genou, au cou...

- Je suis tombée de ma chaise : résultat, j'ai une fracture ouverte du pouce !

- Je me suis fait rentrée dedans alors que j'étais en moto. Une voiture m'a renversé sur le passage piéton. Et parfois, je suis cassée, je crie, j'ai plusieurs plaies qui risquent de s'infecter... Et surtout, j'ai mal !!!!!

- Je suis SDF et je viens dormir au chaud.

- Mon médecin m'a fait une prescription de radio parce que j'avais mal au dos il y a trois semaines. On est le 1 janvier, il est 8H30 alors je viens passer ma radio, je n'avais rien de mieux à faire...

- J'ai mal au ventre. Normal, j'ai un déodorant enfoncé dans le rectum qu'il m'a été impossible de retirer seul et que ma compagne non plus n'a pas réussi à retirer. J'ai failli passer au bloc opératoire pour qu'on me l'enlève, et j'ai failli finir ma vie avec une poche à caca... Je pense que je ne vais pas recommencer ces jeux tout de suite... 

- J'ai tenté de me suicider en avalant des médicaments avec de l'alcool, en me tailladant les veines...

- J'entends des voix, je me sens persécutée, je suis agressif envers moi et/ou envers les autres parce que j'ai peur, on est obligé de m'attacher les bras, les jambes et au niveau du ventre pour que je ne me blesse pas, qu'on puisse me soigner sans être blessé et je finis souvent dans une grande maison blanche où les portes ne s'ouvrent qu'avec des clés gardées dans les poches des soignants comme des trésors.

 

Pour toute cette diversité et pour toute l'aide que nous (moi et mes autres collègues) avons parfois l'impression d'apporter à des gens en souffrance, j'aime les urgences.

Par lauriane-ide - Publié dans : Vie professionnelle - Communauté : Le monde bouge !
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Commentaires

Je suis triste .....pas un mot sur la mal dedans qui ne se voit pas dehors qui se situe dans la bouche et qui m'a poussé par respect à consulter les meilleures urgences du grand ouest à savoir celles du CHU d'Angers alors là je suis vert !!!
Commentaire n°1 posté par Michel ROBERT le 06/01/2012 à 20h51

Ah mais si je ne l'ai pas marqué, c'est parce que je n'étais pas l'infirmière à ce moment là mais la fille qui amenait son papa !! Même si on est toujours un peu infirmière au fond...

Réponse de lauriane-ide le 06/01/2012 à 21h31
Tout pendant que tu as suffisamment en toi pour "absorber" les problèmes d'autrui c'est vrai qu'un service qui s'occupe de l'humain,quel qu'il soit, est vraiment valorisant. Après il faut faire autre chose mais en attendant éclate toi au sens figuré bien sur.
Commentaire n°2 posté par Michel ROBERT le 06/01/2012 à 20h56

Pour le moment, ça roule et j'en veux encore, et presque même de plus en plus ! Mais y serais-je encore en février, pour l'instant rien n'est moins sûr !

Réponse de lauriane-ide le 06/01/2012 à 21h33
J'ai beaucoup aimé cette lecture... Ben chez "nous", le patient n'avait pas un déodorant mais le Dr au toucher a pensé à une orange et finalement le patient a fini au bloc et le chir a découvert un pamplemousse... si si ;-) ça a beaucoup fait parlé et sourire cette histoire... Et ça n'a pas empêché le patient de draguer une infirmière en salle de réveil...! lol :-)
Commentaire n°3 posté par Prisca le 11/01/2012 à 10h37

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