Quand la fiction devient réalité...

Publié le par lauriane-ide

Hier, lundi, ma première journée du soir (13H45-21H30) ressemblait plus à un épisode d'Urgences qu'à une des journées précédentes...

La journée a commencé pourtant assez tranquillement, trois patients à prendre en charge... Mais tout le monde est arrivé en même temps, avec des urgences plus ou moins relatives... Les chambres se sont remplies à une vitesse importante, ainsi que les salles d'attente puis même les couloirs.

Une grave urgence est arrivée vers 16H mais je vous avoue que cette journée a été tellement intense que j'ai perdu l'heure des yeux. Un monsieur de 78 ans est arrivé en détresse respiratoire (il n'était même pas réellement conscient quand le médecin l'a ausculté) sur contexte d'infection (38,5°C) après avoir fait une fausse route ("avaler de travers" en langage commun mais en plus grave).
Dès le début, ça paraissait être une urgence grave et vitale car très vite, son état respiratoire s'est dégradé. Le médecin se demandait si elle n'allait pas l'intuber. Elle n'a pas eu le temps d'aller plus loin...
Dans la pièce, il y a 3 médecins, 2 internes, 3 infirmières, 1 aide-soignante, et moi. Les médecins et internes se sont relayés pour lui faire un massage cardiaque car il était en asystolie. Et là tout s'enchaîne : les mL d'adrénaline (je vous dis, comme à la télé), les massages cardiaques... L'ambiance est pesante, le patient est dans un état très grave et les médecins tentent de l'intuber mais le patient a un spasme (sa gorge est "fermée" de manière réflexe et rien ne peut passer). Au bout d'un moment, ils ouvrent la gorge du monsieur pour le ventiler directement dans la trachée (c'est une trachéotomie). Mais son état ne s'améliore pas, voire se dégrade.
La chaleur est insoutenable dans la pièce, les allers-venues sont incessants, les médecins, infirmières et AS se relaient encore pour effectuer le massage car c'est vraiement très fatiguant. Je reste à l'écart, impressionnée, essayant de ne pas déranger. Au bout d'un certain nombre de minutes (impossible de dire combien de temps cela a duré), le relais se fait toujours mais on se dit tous que c'est fini...
Je pars de la chambre, voulant fuir cette atmosphère pesante et limite dérangeante. Je pars préparer mon matériel pour aller faire une prise de sang à un autre patient (car pendant ce temps là, le service ne s'est pas arrêté) et là l'interne arrive dans la salle de soins en annonçant que le pouls a repris et qu'il a une tension... Incompréhensible... Comme dans les films ! Le monsieur est transféré en réa immédiatement.
L'ambiance est difficile à retranscrire mais franchement, je préfère voir ça à la télé que dans mon service !

Tout le monde finit cet épisode sur les rotules aussi bien physiquement que psychologiquement, sauf que le journée n'est pas finie ! Le service ne désemplit pas, d'autres urgences arrivent (moins impressionnantes mais urgentes quand même), les patients ne sont pas patients et veulent savoir pourquoi on ne s'occupe pas d'eux, d'autres s'agitent et deviennent un peu agressifs... Le vrai service des urgences comme on les imagine.

Après tout ça, je m'enfuis vers le scanner pour assiter à un scanner cérébral. Petite pause mentale en dehors d'un service en ébullition. Je reviens pour aider mon infirmière référente dans la mesure du possible et de mes capacités. Puis, elle me dit d'aller manger et de me détendre alors je prends mes 45 minutes de pause, elle m'y rejoint. Puis nous repartons à fond mais démotivée car nous sommes des automates qui ne connaissons pas les patients ni pourquoi ils sont là car nous n'avons pas le temps d'étudier les dossiers comme il se doit.
 
A 21H les collègues de nuit arrivent, nous leur faisons des transmissions comme nous pouvons, en s'aidant des dossiers... Et dès 21H30, nous partons car nous n'en pouvons plus... Fin de l'épisode.
Toute la nuit, j'ai vécu cette journée encore et encore. Je suis crevée plus psychologiquement que physiquement mais il faut y retourner dans quelques heures !
 
Points positifs de la journée : j'ai vu ce pour quoi j'étais venue aux urgences.
Points négatifs : j'ai vu une véritable urgence mais ça laisse un peu de traces dans la tête...

Publié dans Ma scolarité

Commenter cet article

muriel 12/08/2009 22:32

Non seulement tu les fais bien passer tes émotions, mais en te lisant on a pas l'impression que ce soit difficile pour toi de les retranscrire, encore mieux non?! Dans tous les cas prends soin de toi, de vous , repose toi bien , Bisous!

Benjamin 11/08/2009 16:09

Heureusement que ton doudou te permet de débrifer pour que ça pèse un peu moins ! Mais bon, quel beau métier vous faîtes et surtout quel courage !
Bisous

Prisca 11/08/2009 14:28

Pas facile... Mais au moins tu vois peut être un peu mieux ce qui t'attends si tu prends cette voie à la fin de tes études... L'adrénaline c'est chouette mais jusqu'à quel point ??... Bisous soeurette et courage...

muriel 11/08/2009 13:33

Mais c'est une capacité énorme que de pouvoir relater ainsi autant les faits que les ressentis...ne dit-on pas qu'une fois les mots partagés, les maux s'en trouvent plus aisemet gérables? J'aime beaucoup te lire, à la fois pour apprendre (j'aime bien m'endormir moins bête ) mais surtout pour comprendre! et je crois que tu sais donner de jolies pistes à la compréhension!
PS: les patients pas patients ne devraient pas s'appeler les impatients? ;)

lauriane-ide 12/08/2009 21:40


Merci pour ton commentaire, Mumu, ça me fait chaud au coeur tes compliments. J'espère pouvoir faire passer toutes mes émotions (même si elles sont difficiles à retranscrire) à ceux qui me lisent et
donc faire comprendre réellement pourquoi mon métier est une passion.
Quand aux patients impatients, en effet il faudrait les renommer ! ;-)